On a un projet. On le tient, on y croit, il nous porte. On en est là et c’est déjà une chance. Oui mais voilà, pour que tout cela ne reste pas à l’état de « projet » justement, la première chose essentielle, évidente, implacable qui nous attend est : il faut lui trouver un nom.

Bon. Pour incarner cette revue de femmes inspirantes où je souhaite faire transparaître l’éclectisme des parcours et des expériences, j’ai pensé à Plurielles. Hmm moui mais déjà pris, dommage. Culottées ? Aussi. Par l’excellente BD de Pénélope Bagieu qui réhabilite des femmes extraordinaires pourtant oubliées de l’Histoire. Portraits de femmes ? Trop long, pas assez percutant. Dans cette revue, j’ai prévu d’interviewer huit femmes : est-ce que je tenais là mon nom ? J’aimais bien l’idée du clin d’œil au film choral de François Ozon mais est-ce que j’en avais le droit, d’abord ? Pas sûr. Et si, dans un second temps, je renouvèle l’expérience sans me restreindre à huit portraits ? Bref, non. J’ai pensé également que la revue pouvait porter le prénom d’une femme. Un prénom féminin pour représenter toutes les femmes ; j’aimais bien l’idée. Mais à part l’appeler Simone (pour les inspirantes Simone Veil et Simon de Beauvoir cela va de soi) et donc insister de façon plus que pesante – voire lourdingue – sur l’aspect féministe du projet, je ne voyais pas.

Je tournais cela dans tous les sens. Je croyais à mon projet sans toujours pouvoir le nommer. Et c’est une réflexion de ma mère qui a agi comme un déclic. « Cherche du côté des mots latins m’a-t-elle-dit ». Et c’est ainsi que Soror s’est imposé et a, comme par magie, éclipsé le reste. Ce fut comme une apparition comme dirait l’autre. Dans le sens de vision, d’éblouissement, de révélation. J’en fais trop ? C’est pas faux. Mais j’étais tellement heureuse de ne plus être seule, moi et mon idée. Désormais, elle avait un nom.

Pourquoi Soror, ça claque
Soror, en latin, signifie sœur. Mais aussi, selon le contexte, compagne, semblable, pareille. Sous cet éclairage, une sœur est à la fois une personne qui nous ressemble sans être nous, une personne qui nous accompagne avec bienveillance tout étant différente. Tout comme les huit femmes inspirantes que j’ai interviewées. Des Soror, tout à la fois uniques et semblables, qui nous éclairent et nous inspirent. Cette notion rejoint donc naturellement l’un des dérivés de soror : le terme sororité, remis sur le devant de la scène par les féministes. Le pendant féminin de la fraternité en quelque sorte. Dans notre société où la femme est une louve pour la femme, il paraît parfois plus facile de s’opposer à ses consoeurs, voire de les jalouser. En réalité, il est tellement plus simple de s’entraider. De se soutenir. De s’écouter. De ne plus se considérer comme des rivales. Mais de faire preuve bien au contraire de solidarité féminine. Toutes sœurs en quelque sorte.

Cerise sur le gâteau, la sonorité du terme, m’évoque justement un prénom féminin. Sa consonance est aussi puissante que délicate. J’aime me le répéter, le manipuler et le décortiquer pour en révéler toute la substance, toute la profondeur. Soror, c’est donc chacune d’entre nous et au-delà. Notre individualité placée dans un ensemble.

Alors, êtes-vous prêt(e) à lire les histoires de nos huit soror ?

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